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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 15:21

 

Manège Paul Munhoven                                                                                © Photo : Paul Munhoven


 

Entre eux, les mots n’existent plus.

Les mots sont devenus impuissants à décrire la situation dans laquelle ils se trouvent désormais.

Lui, demande à nouveau à boire ; elle, allume une cigarette. Ils voudraient fuir ce silence, avec des mots, n’importe lesquels, ceux des autres, si communs, comme à la télé, mais fuir. Ce qu’il y avait à dire, ils l’ont dit… mal, c’est vrai, mais que dire de plus ?

Voilà qu’ils se sont tus. A présent, il faut à tout prix décentrer le décor, la discussion d’eux-mêmes, faire comme si de rien n’était, ne plus penser.

C’est étrange. L’homme ne perd pas une miette de l’agitation qui les entoure, eux, si discrets, ponctuant à voix basse chacune de leurs phrases, tandis que, tout autour, les consommateurs semblent comme aspirés dans un tourbillon d’excitation, d’excentricité, d’alcool et de musique…

La soirée commence à peine. Voilà que maintenant tout les sépare. Un gouffre de non-dits s’est installé… Il ne faut pas se quitter là-dessus… Mimer un avenir commun, essayer d’instaurer une complicité factice, une dernière fois, une dernière fois....

Pourtant… Il n’y a rien à quoi ils puissent se raccrocher ici : ni la musique, ni l’alcool, ni la foule des fêtards… Rien !

Elle regarde par la vitre les passants emmitouflés dans leurs manteaux ; lui, assis de côté, suit d’un air faussement intéressé les informations sur le poste de télé. Il attend le moment propice pour fuir, mal à l’aise, redoutant cet instant… Sans doute l’a-t-il toujours redouté. Il n’a jamais su quoi dire dans ce genre de circonstances, ni comment s’y prendre…

Faut-il lui donner un dernier baiser ?

C’est elle qui brise le silence.

Enfin elle a trouvé ! Elle a trouvé ce sujet de discussion qui les rapprocherait à nouveau, qui créerait une intimité.

D’une voix ingénue elle dit :

-          Tiens, regarde. Il neige !

L’homme se retourne et aperçoit des milliers de flocons, comme de petits grains de beauté sur le visage de la nuit, envahir le ciel. Il s’engouffre dans ce détail : la neige… Tout le monde aime la neige ! c’est beau la neige ! c’est des souvenirs d’enfant, la neige ! La neige ! C’est l’occasion de faire renaître les mots à nouveau, sans risque… La neige, c’est ne plus parler d’eux, c’est regarder et se taire, partager quelque chose, un même sentiment d’émerveillement… Une dernière fois ! La neige…

C’est leur dernière chance.

Il la laisse poursuivre, il sent qu’elle a besoin de parler, de parler d’elle, de se dévoiler, peut-être pour lui montrer celle qu’il perd en la quittant :

-          Tu sais, quand j’étais petite…

Et elle parle de son enfance, de ces matins où elle s’éveillait et que dehors tous les immeubles étaient recouverts d’un bonnet blanc, des après-midi de luge avec son père, des soirées passées au coin du feu à faire sécher ses mitaines et ses petites chaussettes de laine.

Mais, plus elle parle, plus les mots, les souvenirs, malgré lui, l’agacent. Il la regarde, elle, si quelconque, et il n’en est que plus irrité.

Il songe… Pourquoi faut-il toujours que les gens, inlassablement, ne vivent que de clichés ! Toujours les mêmes anecdotes sur tout et en particulier sur la neige. La neige c’est beau… Mais n’est-ce pas pour la seule raison qu’elle est rare… Et, qu’a-t-on fait de la neige ? On l’a socialisée dans des stations de ski ! Même la neige qui n’était qu’un simple plaisir des yeux est devenue utile, pétrole blanc, produit de consommation… Apprivoisée ! Moi, j’en ai bouffé de la neige. Les voitures bloquées ! Les heures à attendre le bus… les retards à l’école… les vêtements humides, les chaussures pleines de flotte pendant les leçons. Pire ! les pannes de courant, les nuits passées dans la grange après l’effondrement du toit… Et ces dimanches à déneiger le chemin de terre devant la ferme. La neige ! Une attraction urbaine !

Malgré ça, il la laisse poursuivre… Pourquoi lui cracher tout ça maintenant ? Ça n’a plus d’importance… Ce n’est pas de sa faute à elle. Et puis, elle dégage quelque chose d’attendrissant. Au fond, on dirait que ses souvenirs ressemblent étrangement à des cartes postales d’une autre époque. Elle s’attache à décrire minutieusement, avec ses mots maladroits, un petit carrousel sous la neige, la première fois qu’elle a vu tomber des flocons et qu’elle s’était écriée :

-          Maman, pleut fleurs…

Au fond, ce qu’elle aime, c’est la voir tomber, sentir sur sa main moite disparaître un flocon minuscule, venu d’on ne sait où, d’en haut, de loin, et elle trouve ça triste que ces millions de pétales blancs fassent une course folle pour s’en venir mourir sur l’asphalte ou dans les cheveux des passants. L’homme, à son tour, a envie de dire quelque chose de rassurant, de raisonné, quelque chose d’un peu poétique, sans doute pour exorciser son passé de paysan… Toujours, depuis la Fac, il a fui ses origines, se servant du langage comme d’un faire valoir :

-          Tu sais, je crois que les actes que nous accomplissons dans nos vies sont semblables à ces flocons de neige, on a l’impression qu’ils disparaissent, parce qu’ils ne sont plus visibles, mais en réalité, la somme de tous ces actes, à notre insu, laisse dans nos vies, comme les pas dans la neige, une empreinte.

La femme ne comprend pas, elle ne cherche pas à comprendre… Pourquoi philosopher toujours ? C’est triste. L’homme se montre différent pour lui plaire, ne se doutant pas qu’au fond ce qu’elle aime chez lui ce sont ses origines modestes.

Elle replonge dans ses pensées.

La neige. C’est vrai que c’est un peu enfantin comme spectacle, mais que peut-elle y faire, elle, si ce spectacle, à l’instar de la grande musique pour certains, la touche jusqu’à l’émouvoir. « Qu’importe la cause de nos émotions, songe-telle, seule l’émotion compte ». Elle veut le lui dire, elle n’en fait rien. Lui, continue à jouer avec son briquet… La neige n’a pas suffi à relancer la discussion, trop de choses ont été dites ou pas assez… On dirait que les mots que tous deux ont sur le coeur, pareils à ces flocons sur le sol, s’en viennent mourir aux bords de leurs lèvres.

Pourtant, l’homme recommence à parler comme un livre :

-            En vérité, je crois que la neige porte en elle, comme un objet qui nous est cher, une multitude de souvenirs. Ces souvenirs, se manifestent soudain, montent en nous, apportant dans leurs bagages toute une ribambelle d’émotions à la fois nostalgiques et rassurantes. Si le spectacle nous émeut, c’est que nous avons déjà vu la représentation. Voir tomber la neige, c’est écouter une ancienne chanson venue du fin fond de l’enfance frapper à l’improviste à la porte des souvenirs. Et c’est cela qui fait son épaisseur. Un homme n’ayant jamais vu tomber la neige sera sans doute étonné, mais il ne partagera pas avec elle un passé commun. La neige, pour ceux qui l’on déjà croisée, est une étrangère qui égrène, de ça de là, un air qui leur est familier puisque joué sur la portée de leur histoire personnelle.

La femme écoute chacune de ses paroles avec douceur. Mais le silence, impérieusement, reprend ses droits. Si la neige a permis quelques instants une illusoire discussion, elle n’était pas de taille face aux sentiments épars qui les rongent de l’intérieur, si bien que tous deux ne peuvent qu’écouter, déconcertés, l’orchestre de leur cœur.

Ils sont là, immobiles, les lèvres cadenassées, n’osant donner à cette scène l’ultime réplique.

Et ils ne se doutent encore de rien…

Peu importe leur vie future, leur destin et leur avenir, peu importe que l’homme courre à perdre haleine vers une autre histoire, que la femme sanglote des heures dans sa chambre… Peu importe qu’ils se remettent ensemble, ce qu’ils bâtiront par la suite et tout le reste…

Désormais, le moindre petit flocon de neige portera l’empreinte du souvenir confus de cette soirée de décembre où ils se sont quittés.

 


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Published by Yiannis Lhermet - dans YiANNiS LHeRMeT --
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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 18:00

 

Des jumeaux ou

Du retour de soi-même en son double

 

Une histoire de shaman ou de fou

... J’ai oublié ...

 

 

 

A force de clarté

A force de vouloir dire

A force de faire le vide

J’épuise le conflit

La friction de mon moi sur le monde

S’amenuise

Je puise dans ma fatigue

Et voudrais sortir du repos

Pour écrire

 

Il n’y a pas de justification dans ces cris

Juste un décalage suivi

D’une tentative d’adéquation

D‘unité maladive

Dans la durée

 

L’écriture est l’aboutissement du Narcisse

Celui qui évite la noyade en se figeant dans les mots

Quand la création conjure le pire

C’est Narcisse évitant le désastre

 

Car pour s’aimer dans l’écriture

Il faut

Pouvoir s’extraire

Des jardins où nos statues errent

 

 

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Published by Vincent Delhomme (Textes / Musique & Vidéo) - dans ViNCeNT DeLHoMME --
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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 18:00

 

 

 

Tes yeux planaient sur des nefs de pluie grise,

Peuple d'ouragan et d'océan sans églises.

Tes yeux à la semblance d'un goéland,

Libres et mobiles, blancs.

 

Beaucoup plus bas, contre l'île, ressacs, marées.

Le capitaine fracasse a déserté le cerisier,

Les crabes rouges, et le cidre doux.

 

Bien au-delà les papous adorent leur idole,

Pylone de basalte crachant du feu sur le sol.

 

Au matin dans la clairière,

L'Enfant joue dans la lumière.

 

 

TURQUIE-2009-(2)-205

 

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Published by Ghost Pig // image de Vincent Delhomme - dans !!! NoS iNViTéS --
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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 18:00

 

 

 

 

 

Aux imbiblés et beaux débiles ivres du verbe...

A ceux dépassés par leur propre rêve

Et qui ne peuvent plus se contenter d'eux-mêmes

Ni des autres

Et qui sombrent

Et qui glissent

Et s'effondrent de ne rien porter

Car rien ne les porte

Qui ne se fonde

A leur magma !

 


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Published by Vincent Delhomme (Texte / Voix & Musique) - dans ViNCeNT DeLHoMME --
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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 11:06

 

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...

Le 18 septembre 1981, l’Assemblée nationale votait un texte abolissant la peine de mort en France, mettant ainsi un terme à des siècles d’exécutions. A l’occasion du 30e anniversaire de l’abolition, cet ouvrage invite à redécouvrir l’histoire complexe de la peine capitale ainsi que les destins tragiques de trente condamnés. Dans un premier temps, ce livre propose une approche historique de la peine de mort avec la fin de la torture, suite à la Révolution Française, les prémices du courant abolitionniste, la mise en place de la guillotine, mais aussi le parcours des condamnés et la vie singulière des familles de bourreaux. Dans un second temps, l’ouvrage présente les histoires de trente condamnés. Une narration vive et documentée relate les crimes et derniers jours de ces hommes et femmes. Ce plongeon au coeur de moments décisifs de l’histoire, permet de mieux connaître les bandits Emile Buisson et Ravachol dit “l’anarchiste”, mais aussi d’escorter jusqu’à l’échafaud Robespierre ou Lacenaire. Un style bref et haletant fait ressurgir du passé les crimes sordides de Landru, le “Barbe Bleue” de Gambais, ou de Joseph Vacher, “l'Éventreur”. Des héros de guerre exécutés froidement aux criminels barbares, en passant par la très médiatique affaire Ranucci, ces trente récits vous couperont… le souffle !

 

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Published by Yiannis Lhermet - dans YiANNiS LHeRMeT --
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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 18:00

 

Chloé D'aniello Illu Pas Pied

// Les cris de Lune //

 

 

Sur la pause des mystères


le pas s’élève


déroulant les voiles


des loges statiques


les lances vertiges


réveillent les racines


murmurent


brûlant les commissures


le mot se lèvre


l’antre suspendu


s’égraine volubile


les volutes à la trace


il s’écarquille éclate


ruisselant l’esquisse


la pluie silhouette


évapore l’instant


des souvenirs en marche

 

 

 

 http://lesfossilespaupieres.blogspot.com/

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Published by Chloé D'aniello (Texte & Image) - dans !!! NoS iNViTéS --
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4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 21:28

 

 

Man Ray, L'Etoile de mer (D'après un poème de Robert Desnos)
1928 / France / 17 min. 30 sec / 16 mm / N & B.
Avec Robert Desnos, André de la Rivière et Kiki de Montparnasse.
Le scénario de l'Etoile de Mer s’inspire de la lecture à haute voix d’un poème de Robert Desnos.

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Published by Man Ray & Robert Desnos - dans DiVERS --
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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 18:00

 

fourmi.jpg

 

 

Toute chose

est relative

un ciel pourtant léger

peuplé de nuages lourds

ou ton ombre furtive

qui campe depuis des années

au fond de ma tête

Tout n'est qu'illusion

de poids et de valeurs

Et pour s'en convaincre

il suffit

de suivre des yeux

cette armée de fourmis

emporter sur son dos

un pétale immaculé

vers la crasse

des profondeurs

 

 

 http://lameduseetlerenard.blogspot.com/


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Published by Guillaume Siaudeau - dans !!! NoS iNViTéS --
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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 18:00

 

  © Is This Hole / Cat Power / What Would The Community Think, 1996

//

Monstrueux enfants du déclin

Varice à force de rupture

Inondera de sang nos pieds d’argile

Cruauté seule abstraite à

L’écoute de nos silences

Improbables


Nous communiquerons pour le bien de nos races

Insensibles à la grande question

D’après le vide

D’après le grand rien

Qui ronge – enfants

Nos sommeils

Et nos rêves sans suite

Ou crevés d’insomnie

//

J’ai cru un jour

Pouvoir dire à mon père

Mes rêves d’enfant

J’ai creusé mon départ de mes trente-deux dents

Acharné

Sans démordre

Et les deux pieds sur terre

 

Mais la tête on sait pas trop

Où elle peut se perdre

Alors un soir

On creuse un grand trou

Et on la met dedans

Et on poursuit ses pieds

Jusqu’à l’autre trou

Bien plus grand

Que d’autres auront creusé

Pour nous

Six pieds sous terre

Là où les pissenlits

Aiguisent leurs racines

//
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Published by Vincent Delhomme (Textes & Clip) / Musique de Cat Power - dans ViNCeNT DeLHoMME --
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25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 18:00

 

Cognee Philippe Rome 2003

© Philippe Cognée, Triptyque "Rome", 2003

 

A Erico Nogueira lors de mon voyage à Rome.

 


Prodiges insidieux Sur le plan d’une colline se faufilent
parmi les écumes le théâtre imbibe le sacrifice Les rives


plongent devant la cohue Les fleuves bassinent le pâle reflet
du Triton Les fondations incrustent l’esquif D’une fenêtre


l’exquis cadavre veille les appâts Faux-fuyants faisceaux
spasmes psalmodient lâche farce chavire l’arôme de flacons


fragiles trace en deçà fantasque le chiasme encore des frasques
Millénaire dans le noyau des braises la peau suave aussi couvrent


autant qu’elles ne penchent les cendres Aussi frêles que douces
les lèvres trempent la pierre dans la fleur du mythe Pour peu qu’un


fantôme en cache un autre qu’un mot en révèle un autre l’un et
l’autre précipitent l’exsangue miroir Quelle forme pour quel


crépuscule quel échange pour quelle aurore L’indolence asséchée
dans les ruines, la fontaine peut être transie par la flèche et la perpétuer


d’ennui Endymion écoute la constance du rossignol

 

 

7 janvier 2011
Zachary Lusten

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Published by Zachary Lusten & tableau de Philippe Cognée - dans !!! NoS iNViTéS --
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