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21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 17:00

 

 

3916Chapeau tendu

 

 

   Lisa aime écouter son grand-père parler. Elle attend ce moment où, après le repas, il se lève de table et va s’asseoir dans son fauteuil en rotin près du poêle.

   Une fois installé confortablement, il sort délicatement son paquet de tabac et méticuleusement roule une cigarette.

-          Pourquoi t’achètes pas des vraies, papy ? demande Lisa. Elle connaît la réponse mais ça l’amuse de lui entendre dire :

-          Moi, j’ai toujours travaillé de mes mains, alors tu comprends…

   Les histoires du grand-père, Lisa aussi les connaît par cœur, mais elle ne se lasse jamais de les écouter. Ce qu’elle aime surtout c’est la manière qu’il a de les raconter. Bien sûr, il en rajoute… et puis après…

   Le premier effluve de fumée se disperse dans l’air, l’homme s’enfonce un peu plus dans son fauteuil, il commence :

-          C’était un dimanche…Ma mère vendait des légumes au marché. Moi, j’étais allé chercher des bonbons, mais comme elle avait peur de me voir partir seul, sa sœur, la tante Agathe m’accompagnait. Bref…Sur le chemin du retour, qu’est ce que j’aperçois tout à coup parterre ? Tu le croiras pas…une pièce de cent sous, toute doré. Oh tu sais, Lisa, à l’époque, cent sous c’était pas rien…je ne sais pas, moi…ça devait faire deux cent mille, enfin deux cent nouveaux francs…

-          Trente euros quoi !

-          Oui, quelque chose comme ça. Bref… Je la ramasse, on continue à marcher et, quelques instants plus tard, en face de moi, je vois arriver une dame d’un certain âge, bien mise tu vois, à demie courbée et qui ne quitte pas le sol des yeux avec des mouvements de tête dans tous les sens, comme un pigeon.  Bref… Ta tante, sainte parmi les saintes, l’interpelle en lui disant :

-          Bonjour madame, vous avez perdu quelque chose ?

   Et l’autre répond :

-          Oui, en achetant mon bifteck, j’ai fais tomber une pièce de cent sous près de la petite halle.

-           Moi, tu comprends, je me faisais tout petit. Et à ce moment, ma tante me tire le bras et s’écrie :

-          Comme vous avez de la chance, mon neveu qui est là vient juste de la trouver. Et là, ni une ni deux, elle me prend la pièce des mains, moi je serre ma main, elle me fait les gros yeux et je lâche prise.

-          Je vois le tableau d’ici, dit Lisa enjouée.

-          Attend… Cette garce met sa main pleine de bagues dans mes cheveux et me dit :

-          Tu es mignon mon petit !

-          Puis elle s’en va, sans rien, sans même me donner le sou. Mais c’est pas fini. Le plus drôle c’est que ma tante s’est faite enguirlandée comme du poisson pourri par mon père qui connaissait cette bonne femme… La semaine d’avant, elle lui avait fait des histoires. Elle nous avait acheté un veau qui était crevé et elle voulait que mon père la rembourser. Bref…tu sais combien il coûtait ce veau ?

   Lisa s’écrie :

-          Cent sous, je parie.

   La dernière fois que le grand-père avait raconté cette anecdote, c’était cinquante sous et le veau était une poule mais cela n’empêcha pas la jeune fille de rire pour autant et d’enchaîner :

-          Et la fois du mariage de l’oncle !

-          C’était juste après la guerre. Y avait encore des amerlocs un peu partout et ces gaillards là, ils raffolaient des champignons. Ils recevaient leur paye le samedi matin. Le vendredi, il avait fait un temps de chien, toute la journée il avait plu comme vache qui pisse, je te raconte pas. Bref… Le samedi, une éclairci. Avec ton oncle on se lève aux aurores, à sept heures on est dans les bois avec le tracteur. Là, des cèpes en pagaille, partout, t’as jamais vu ça. Bref… On te fait une récolte du tonnerre, on engrange, on engrange, on fout tout ça dans la beine et on va au village. C’était dix heures, le mariage de l’oncle était à onze. Tu nous aurez vu débarquer, moi, au volent, lui, debout sur la beine, on te fait une de ces entrées triomphales comme si on était sur un char d’assaut. Les gens commencent à affluer autour de nous, ils n’en reviennent pas de voir une telle récolte. Bref… Ni une ni deux on met tout ça dans des cagettes et on liquide le stock. Mais là, on s’aperçoit que c’est déjà onze heures, on a pas le temps de se décrotter et on débarque à l’église en tracteur. L’oncle, il s’est prit une sacrée branlée par ta tante ce jour là.

-          Vous deviez être beau tous les deux ! Qu’est ce que j’aurais donné pour vous voir…

-          Oh… tu, sais y à une photo mais je ne sais pas où elle traîne ma pauvre, depuis le temps.

-          Raconte moi un truc que tu ne m’as jamais raconté… Une histoire triste pour une fois…Je sais pas, moi…

-          Tu sais bien que je ne connais que des fins heureuses...

-          Il doit bien y en avoir une dont tu n’es pas fier.

-          Il y en a une mais…

-          Allez Papy !

-          D’accord… d’accord, ça vient. Dans le village où j’habitais, je ne sais pas, dans les années soixante il y avait une jeune fille de ton âge, une paysanne, la fille du vieux Morel. Bref… Un dimanche, avant d’aller à l’église, elle lavait son linge dans la rivière à côté de la ferme. Tu comprends, à la campagne à l’époque, on avait pas tous ces trucs modernes. Bref… Le vent soufflait fort, si bien qu’une rafale emporta son chapeau. Elle courut pour le rattraper… L’eau était glacée… Le chapeau, entraîné par le vent et le courant s’en alla se perdre on ne sait où. Attend ! Je crois qu’elle s’appelait, Madeleine ou…Giselle. Bref… La gamine était très croyante et n’aurait pas pour tout l’or du monde manqué une messe. Alors, la gamine arrive à onze heure sur la place de l’église, bien mise, son sac à la main, sa robe du dimanche, ses souliers bien cirés mais sans chapeau. Tu comprends, sans chapeau… A l’époque, c’était une sorte de sacrilège pour une femme de venir en ville sans chapeau et à l’église en plus ! Bref… en la voyant arriver, tout le monde la regarda d’un œil mauvais… Personne ne la salua, la gamine baissa la tête, entra dans l’église, chercha une place, à chaque fois on lui répondait :

-          Cette place et prise… J’attends quelqu’un, enfin, tu vois, des trucs de ce genre…

-          Finalement la pauvre enfant s’en alla chez elle en pleurnichant. Elle raconta sa mésaventure à son père, tu sais, le vieux il n’était pas tendre, en entendant l’histoire il la gifla aussi sec. Il refusa de lui acheter un nouveau chapeau, je ne sais même pas s’il avait les sous pour le faire.

   Le grand-père s’arrête un instant, roule une cigarette, Lisa ne dit rien, il souffle une grosse bouffée de fumée puis reprend :

-          La malheur de cette gamine c’est qu’elle ne pouvait pas rester enfermée éternellement chez elle, il fallait quelle face les courses, qu’elle aille chercher le courrier du vieux… Bref, en ville on ne la saluait plus. Dans les magasins, on acceptait l’argent mais, ni « bonjour », ni « merci »… Les femmes la toisaient, les gamins lui faisaient des grimaces, certains allaient même jusqu’à lui jeter des pierres… Le seul qui aurait put lui venir en aide c’était le curé mais on racontait dans le village que c’était de lui qu’était venu cette fronde…

   C’était l’année où ta grand-mère et moi on a aménagé ici. La gamine, je sais pas ce qu’elle est devenue…  Si elle n’est pas morte de honte, elle a sûrement du finir vieille fille, enfin, c’était l’époque tu comprends ? Tout ça pour un chapeau… Un chapeau.

   Pendant quelques instants, Lisa reste contemple le visage du grand-père sans dire un mot. Puis, elle se lève va chercher un verre d’eau, tend un médicament au grand-père et dit tout doucement :

-          Un chapeau… Aujourd’hui, c’est un voile.

 


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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 18:00

 

 

 

Blanc, calme plat

Aucune idée cortège

Rien sur elle

Rien sur moi

Pas même un drap.

 

Banalités absentes

Rien au ras des pâquerettes

Mots silences

Rimes rares

Vide

 

Pudeur 

Je n’ai plus l’arrogance d’écrire

De dévoiler

De tenter de décrire

De momifier

Ce qu’elle n’est sûrement pas ou ce qu’elle est.

 

Elle

Elle ne dit rien

Les mots froissent le trait

Salissent la sueur

Et à quoi bon, au fond se répéter

 

Elle ne veut rien du sens

Ni que j’emploi des verbes amoureux

Les mots, tant pis pour eux 

Le langage corne l’idée

Le corps s’est exprimé 

 


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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 12:00

 

empreintes

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 19:15

 

 

 

Les refrains ressassés de mon enfance…

A l’heure du berger,

Je me croyais si différent des autres

Que j’ai voulu leur ressembler.

 

Maman me contait des histoires.

Dés les premières pages,

Je m’endormais debout,

Mes rêves me berçaient comme une balançoire,

Le matin je me réveillais

Fier, alerte et frais.

 

Mes plaisirs étaient vifs,

Et mes renoncements distraits,

Mes lectures sauvages,

Jamais je ne lisais plus de trois pages,

Sauf, les intrigues policières

Qui éveillaient en moi,

Déjà, le goût de la fatalité,

Des éloquences ordurières,

Le désir du mystère

Et un dédain certain pour

La littérature d’aujourd’hui et d’hier.

 


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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 18:00

Sans titre-1

// CLiC sur l'image pour agrandir //

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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 17:00

 

 

Phare

 

// CLiC sur l'image pour l'agrandir //

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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 13:00

 

araignée

 

 

C’est des lueurs latentes, lacrymales,

Suspendues, lacées aux tréteaux

Des existences théâtrales.

 

C’est l’oubli dans les plis de rideau.

 

C’est le rictus rythmique.

 

C’est le radeau niché

Sur l’étendue chouineuse de l’absence,

Qu’on regarde s’enfuir du haut de la corniche,

Le cœur alerte l’œil cornichon.

 

C’est la fascination des scènes romanesques,

Qu’on s’imagine sagement,

En effeuillant nos vieux romans.

 

L’araignée poétique

Tisse sa toile :

Errances extatiques,

Sentiers des nues,

Cannes polies d’amours ténus.

 


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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 18:00

 

 

 taj-mahal1

 

 

En robe de satin, le désir s’est assis

Mélancolique, hautain, sur une aube cerise.

Le rire d’un enfant le cajole et aussi

Dans des restes de rêves la nuit s’éternise.

 

Les prémices de nos amours, là, se languissent,

Si je sais qui tuer, toi sais-tu qui je suis ?

Une heure alcoolisée, volage me poursuit,

Coupons les cordes au cou et qu’on en finisse.

 

Si, malandrin, j’exacerbe l’alexandrin

- Pauvre ruine mourante de notre grand siècle -

Et que bucolique je ne prends plus d’entrain

 

A suivre la césure ces soirs d’ivresse, espiègle...

Ne le prends pas mal, et ne m’échanges pas pour

Ce factice fantôme athlétique en amour.

 


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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 17:00

 

 

Après toi,

Je n’avais plus d’envies,

L’ennui,

Se chargeait de ma vie.

 

Je lançais sur les ponts de Cé

Mes espérances,

Sous le pont Mirabeau

Coulaient les temps nouveaux.

 

Tu étais mon premier amour

Inassouvi,

Au soir,

Je te revis

Exténuée.

 

Le cœur querelle les cafards quand il espère.

 

 .

 .

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17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 17:00

 

mouches auteur André Karwath aka Aka                                                                                    © Photo André Karwath aka Aka               

 

 

Petit monde clos des mensonges roturiers,

Domicile familier d’amis si liés,

Sous l’ornière mièvre d’amours orduriers,

Qui se renifle comme une morve éternué.

 

Appétits immondes de nos frêles fringales,

Des étoiles dansaient le sourire alléchant,

On les épinglait pour que d’autres s’en régalent,

En ricanant mauvais de ce penchant méchant.

 

Combien de crasses pantelantes exorcisées ?

Crachats tachés de nos délires sclérosés,

Soupesés de désirs médiocres et fadasses,

 

Faisandés par la Chimère. Allons ! Qu’on s’y fasse :

Fientes des tromperies nacrées de longs serments,

N’est-ce pas vrai que nos Amours naissent d’excréments ?

 


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