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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 15:15

 

 

Là, sur ce banc surprit par le froid.

Que je crève !

 

D’un penchant platonique, pour une plate femme.

Que je crève.

 

Dans le silence lancinant d’une salle de cinéma, sans louanges.

Que je crève.

 

Cracheur de faux, voleur de vœux, frôleur de feu, sans rêves… sans rêves.

Que je crève !

 

Dans une vaine et folle atonie, les veines vagissantes, la peau crasseuse, le crâne faisandé,

dans un cul de basse fosse ou dans mon lit d’une petite pneumonie.

Que je crève.

 

Laissant ailleurs ces souvenirs de cendre et cette poudre aux yeux livide, ces tessons de tendresse, ces vins désirs de chair incorruptible, ces morceaux de caresses qu’on m’a promit souvent.

Que je crève !

 

Les tempes rouges de colère, l’œil noir de cambouis, le corps opalin comme un cachet d’aspirine, sous le regard médusé des huiles de ce monde, dans une obscène obscurité, ou dans les latrines d’un bar branché.

Que je crève.

 

D’avoir fumé quelques unes de mes folies furieuses et loufoques, d’avoir tremblé comme un trémolo, transit d’extases extatiques, d’avoir senti dans un seul et même instant tantôt voler, tantôt vomir mon cœur gangrené dans un déhanchement de Rock-and-roll, d’avoir monnayé ma confiance à de fameux funambules brûleurs d’esprit et d’avoir marchandé des confidences à des statues glacées de glaise au visage albâtre.

Que je crève !

 

Sous les renoncements, sous les pustules de lointaines étoiles lacrymales, sous le crachin nacré des bruines démentielles, sous un ciel de braise ou de satin, au bord des gouffres d’un bordel, entouré de reliques rutilantes et tonitruantes, cerclé de bocs de bières larmoyantes et de plaisirs que l’on reluque : immondes femelles blondes platine, aguicheuses, vicieuses, ensorceleuses, la poitrine béante, la figure blafarde, bouffie par la débauche, les nichons déchirés par les canines affûtées des ivrognes sans trogne, tout ça sous les lustres ambrés d’un pusillanime poison, dans ce trou de mort à rat où le luxe prolixe des salons se mêle à la sulfureuse volupté des déchets de ce monde.
Que je crève.

 

Savant illustre et adulé, tisseur de rêves riverains, aventurier mondain, grand écrivain ;

Que je crève d’avoir écrit tant de romans que je ne serai plus capable de palper une réalité quelconque, que mes héroïnes vampires, diablesses auréolées de mes inanités amoureuses, me sucent l’encre jusqu’aux os à petits feux diffus.

J’aurais parlé avec engagement, vérité, dégagement, sévérité des grandes questions qui touchent de près l’humanité, sans avoir vécu ailleurs que dans mes lignes. Que les possibilités de moi mêmes, jeunes merdaillons, beaux comme des apollons, forts comme des taureaux, férus de batailles, d’exploits et d’amours splendides, m’ouvrent des mondes improbables, qu’avec eux je monte toujours plus haut, préoccupé de leur seule gloire, signe avant coureur de ma postérité, portant au front l’orgueil organique des génies inhumains, que je conduise leurs flammes indicibles et incandescentes vers une trop fragile et respectable éternité ; à cet instant, que je retombe brûlé à vif, foudroyé d’un coup sec par mes rythmes grandioses et mes vertiges dans la soute à charbon d’un vieux transsibérien.

Que je crève ! Que je crève ! Que je crève.

 

Amèrement vainqueur d’avoir mater autant de femmes fières que mes bras ont pu en serrer,

heureux, comblé, d’avoir soumit les hommes autrement que par le force ; arrogant des beaux enfants que j’aurais eu aux quatre coins des continents ; prêchant la morale, et les valeurs patriarcales, adulé comme une idole des troupeaux idiots, étant un modèle d’intégrité pour tous, repus d’idylles et d’intrigues, chef de file des nations philosophes et des escouades scientifiques. Que je crève. Dans un lit parsemé d’édredons de soie blanche, de traversins damassés, entouré de tableaux de maîtres illustres, mes coffres remplient d’or, de grenat, de saphir, d’escarboucles, et avec sur le torse des croix de toute les patries.

Que je crève !

 

D’erreurs et de silences comme une fausse note, le dos rompus par les coups de ballet d’une mégère volage et acariâtre, que le temps a gâté, mais qui fut, un bref moment, dans ses tendres années celle que j’ai aimée.

Que je crève !

 

Sous les coups de trique d’un père méchant et alcoolique,

Ettouffé par la tendresse maladive d’une mère poule.

Pour une histoire louche, sous les coups de feu d’un flic corrompu,

Pour le parfum d’une passante éphémère,

Pour une fleur de peau de chagrin,

Pour un cunni sur un cul nu,

Pour une affaire de fric, de troc, de crack, de shit,

Pour un coup de cric sur le crâne.

Que je crève !

 

Héros d’un drame antique tel un César, un Hippolyte, héros d’un drame romantique, guillotiné par peur du ridicule, ou bouffon d’une comédie humaine.

Que je crève.

 

Que je me noie dans les chutes du Niagara, dans un simple verre d’eau, dans un proverbe en prose, dans un roman en vers, dans un rêve à l’eau de rose, la pine coincée dans un massif d’épine, la gueule ensanglantée, planté par un zonard, planté sur un lit d’hôpital, mourant d’une cirrhose, bourré d’emphètes, voyant la vie en rose.

Que je crève.

 

Voleur, vaux rien, vautour, râleur, glamour, sans queue… ni tête, désossé, prenant mes jambes à mon cou. Dans un sursaut de politesse, dans un sursaut d’éternuement, dans un concert de bastonnade, dans un boui-boui, à l’opéra, dans un champ de blé, sur le champ de Mars, d’une crise cardiaque, d’une crise de rêves, d’une crise de rire, d’une clope de trop, d’une femme de trop, d’un verre de trop, d’une folie de trop, au galop ou bien au trot.

Que je crève…Enfin.

 

De faim, de vin, demain.

Que je crève.

 

Tu n’en saurais rien.



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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 18:00

 

 

Bailarina verde Edgar Degas« Bailarina verde », Edgar Degas

 

 

   Sous les lustres brillants, les fillettes riant, tournent, sautillent en suivant attentivement les conseils de leur professeur.

   Leurs petits souliers beiges, leurs tutus blancs comme la neige donnent à leur taille de guêpe une allure aérienne. Leur corps ressemble à une longue tige, leur chevelure bouton d’or, irisée par un rayon de soleil scintille dans la pièce et ces dix petits cœurs battant innocemment s’harmonisent ensemble à la mélancolique mélodie.

   Il semble qu’elles n’ont rien à l’esprit sinon ces sentiments désordonnés qui peu à peu les envahissent. Soudain ! L’harmonie se dissout, elles ne dansent plus ensemble, chaque individualité s’exprime et cet assortiment de mouvements, loin d’être incohérent, vient à former un tout.

   Pour la première fois, chacune sent monter en elle des émotions confuses. Certaines les refusent, pour suivre avec raison les leçons de leur professeur.

   D’autres, avec douceur, vont au plus profond de leur cœur, chercher des gestes inconnus qui agacent le professeur.

 


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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 18:00

 

 

Vangogh-nuit2Vincent van Gogh, « La nuit étoilée »

 

 

Quand viennent les nuits roses d’été, sur son séant, abrité par la dune, le visage éclairé par un rayon de lune, l’enfant contemple l’océan, en dessinant.

   C’est l’heure où les châteaux de sable disparaissent sous la marée, c’est l’heure où les bateaux, amarrés au port, dorment en silence. Les étoiles en ribambelles tapissent l’étendue du ciel. C’est l’heure où l’enfant se demande ce qu’il fera quand il sera grand.

   Souvent, il se dit qu’il s’installera ici, pour vivre près de l’océan, d’autres fois qu’il embarquera sur l’un de ces longs vaisseaux qu’il voit défiler au petit matin dans la baie. Puis, il pense à demain : aux longues courses sur la grève, à la partie de pêche avec son père, à l’histoire que lui racontera sa mère…

   Enfin, l’enfant ne pense à rien, il écoute monter en lui une mélancolie profonde, une rumeur venue du fond des nuits, pesante et vagabonde, une rumeur qui déjà le poursuit, qui le suivra toute sa vie.

   A cette heure où la plage flanche, il trace sur sa page blanche, des traits à l’encre noire qui remplissent d’espoir ce cœur qui ne sait comment lever l’ancre.

 


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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 18:00

 

 

laurentchimento 5620624 la partie dechecs© Laurent Chimento, «  La partie d’échecs »

 

 

  Il est tôt ce matin, le soleil flâne encore sur l’oreiller…A pas de loup, l’enfant se rend à l’atelier.

   Tout est calme et un petit chat sort brusquement de dessous l’établi, l’enfant retient un cri, s’arrête un court instant, jette un coup d’œil furtif sur les meubles luisants qui somnolent dans la pénombre, puis se dirige lentement vers la remise. Il retrousse ses manches, soulève un fauteuil empaillé… Au loin, un chien aboie, les cloches carillonnent : on est dimanche. L’enfant sort délicatement de sa cachette une fine planchette, quelques petits rondins de bois.

   Puis, il regarde encore autour de lui, de peur de se faire surprendre. Il gravit l’escabeau, chipe sur la tablette deux pots de peinture noir et blanc, une règle et un mince pinceau.

   Il s’assit sur le sol recouvert de sciure. Sur la planchette, il trace de longues lignes horizontales, verticales qui s’entrecroisent et forment de petites cases ; il enduit de peinture les rondins de bois : un blanc, un noir, un blanc, un noir…Il est consciencieux, appliqué.

   Mais il n’a plus beaucoup de temps, plus que deux jours avant l’anniversaire de grand-père.

 


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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 17:00

  iris.jpg Iris, Vincent Van Gogh

 

 

Une dame d’un certain âge, fanée par les années, courait à perdre haleine en cette journée de printemps frileuse, propice aux amoureux.

   Soudain, elle fit halte devant l’échoppe du fleuriste. En hâte, elle rajusta son chignon et s’avança vers le petit garçon qui gardait la boutique. La dame avait l’air essoufflé, semblait ne pas trop savoir ce qu’elle désirait. L’enfant, calme, la regardait tout en confectionnant de ses doigts délicats un bouquet de fleurs chamarré.

   D’une voix évasive et suppliante, elle dit au garçon qu’elle voulait accompagner de fleurs un billet doux pour son ami. L’enfant lui sourit et lui répondit presque en chuchotant :

     - Vous savez, les fleurs possèdent leur propre langage et ce langage parle au cœur de façon plus profonde que tous les billets doux… Voilà dix roses pour l’amour,  neuf lilas pour l’amitié, huit boutons d’or pour votre joie et sept bleuets pour la timidité. Voilà encore six lavandes pour un brin de tendresse, cinq rhododendrons pour l’élégance, quatre belles-de-nuit pour la discrétion, trois perces-neige pour l’épreuve, deux jonquilles pour la mélancolie et un souci s’il vous fait du chagrin.

   La dame remercia l’enfant en lui posant un dahlia au creux de son gilet, puis s’en alla.

   En cette journée de printemps ensoleillée, propice aux amoureux, une dame d’un certain âge, heureuse, flânait cheveux au vent, sur le chemin, un bouquet à la main.

   Et sous le ciel bleu oranger, les passants qui la connaissaient en la voyant passer se disaient qu’elle ressemblait à une fleur de lys tant son visage avait changé.

 


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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 13:41

 

 

afrique

 

  

L’un a le nez sans cesse collé au carreau et les cheveux roux en bataille. Il est trop costaud pour son âge, il cause peu, d’une voix grave : les autres le surnomment le taureau.

   L’autre a le nez sans cesse collé au tableau, les cheveux blonds en boucles d’or. Il est trop fluet pour son âge, il parle peu, d’une voix douce : les autres l’appellent l’anguille.

   Dès que la cloche sonne, le taureau se rue dans la cour. Il court à perdre haleine, tape dans le ballon, attaque les plus grands, puis il dévore son goûter à pleines dents.

   Pendant ce temps, l’anguille range délicatement ses livres. Il déambule dans la cour, perdu dans ses pensées. Il s’assoit à l’écart, loin des plus grands, qui parfois viennent lui dérober son goûter.

   Une fois dans la classe, l’anguille est remuante. Il ouvre grand ses yeux, s’agite sur sa chaise et il lève le doigt en permanence pour que le maître l’interroge.

   Pendant ce temps, le taureau, immobile, ferme ses paupières de temps en temps. Il se couche sur son bureau… lève les bras au ciel quand le maître lui fait quelques reproches.

   Pourtant, un jour, ces deux enfants que rien ne rapprochait, que seule la solitude unissait sont devenus amis. Comment ? Un jour, le taureau a sauvé le goûter de l’anguille. Le lendemain, l’anguille a aidé le taureau à situer l’Afrique sur la carte...

   L’Afrique... qui n’est pas si loin de la France.

 


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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 15:21

 

Manège Paul Munhoven                                                                                © Photo : Paul Munhoven


 

Entre eux, les mots n’existent plus.

Les mots sont devenus impuissants à décrire la situation dans laquelle ils se trouvent désormais.

Lui, demande à nouveau à boire ; elle, allume une cigarette. Ils voudraient fuir ce silence, avec des mots, n’importe lesquels, ceux des autres, si communs, comme à la télé, mais fuir. Ce qu’il y avait à dire, ils l’ont dit… mal, c’est vrai, mais que dire de plus ?

Voilà qu’ils se sont tus. A présent, il faut à tout prix décentrer le décor, la discussion d’eux-mêmes, faire comme si de rien n’était, ne plus penser.

C’est étrange. L’homme ne perd pas une miette de l’agitation qui les entoure, eux, si discrets, ponctuant à voix basse chacune de leurs phrases, tandis que, tout autour, les consommateurs semblent comme aspirés dans un tourbillon d’excitation, d’excentricité, d’alcool et de musique…

La soirée commence à peine. Voilà que maintenant tout les sépare. Un gouffre de non-dits s’est installé… Il ne faut pas se quitter là-dessus… Mimer un avenir commun, essayer d’instaurer une complicité factice, une dernière fois, une dernière fois....

Pourtant… Il n’y a rien à quoi ils puissent se raccrocher ici : ni la musique, ni l’alcool, ni la foule des fêtards… Rien !

Elle regarde par la vitre les passants emmitouflés dans leurs manteaux ; lui, assis de côté, suit d’un air faussement intéressé les informations sur le poste de télé. Il attend le moment propice pour fuir, mal à l’aise, redoutant cet instant… Sans doute l’a-t-il toujours redouté. Il n’a jamais su quoi dire dans ce genre de circonstances, ni comment s’y prendre…

Faut-il lui donner un dernier baiser ?

C’est elle qui brise le silence.

Enfin elle a trouvé ! Elle a trouvé ce sujet de discussion qui les rapprocherait à nouveau, qui créerait une intimité.

D’une voix ingénue elle dit :

-          Tiens, regarde. Il neige !

L’homme se retourne et aperçoit des milliers de flocons, comme de petits grains de beauté sur le visage de la nuit, envahir le ciel. Il s’engouffre dans ce détail : la neige… Tout le monde aime la neige ! c’est beau la neige ! c’est des souvenirs d’enfant, la neige ! La neige ! C’est l’occasion de faire renaître les mots à nouveau, sans risque… La neige, c’est ne plus parler d’eux, c’est regarder et se taire, partager quelque chose, un même sentiment d’émerveillement… Une dernière fois ! La neige…

C’est leur dernière chance.

Il la laisse poursuivre, il sent qu’elle a besoin de parler, de parler d’elle, de se dévoiler, peut-être pour lui montrer celle qu’il perd en la quittant :

-          Tu sais, quand j’étais petite…

Et elle parle de son enfance, de ces matins où elle s’éveillait et que dehors tous les immeubles étaient recouverts d’un bonnet blanc, des après-midi de luge avec son père, des soirées passées au coin du feu à faire sécher ses mitaines et ses petites chaussettes de laine.

Mais, plus elle parle, plus les mots, les souvenirs, malgré lui, l’agacent. Il la regarde, elle, si quelconque, et il n’en est que plus irrité.

Il songe… Pourquoi faut-il toujours que les gens, inlassablement, ne vivent que de clichés ! Toujours les mêmes anecdotes sur tout et en particulier sur la neige. La neige c’est beau… Mais n’est-ce pas pour la seule raison qu’elle est rare… Et, qu’a-t-on fait de la neige ? On l’a socialisée dans des stations de ski ! Même la neige qui n’était qu’un simple plaisir des yeux est devenue utile, pétrole blanc, produit de consommation… Apprivoisée ! Moi, j’en ai bouffé de la neige. Les voitures bloquées ! Les heures à attendre le bus… les retards à l’école… les vêtements humides, les chaussures pleines de flotte pendant les leçons. Pire ! les pannes de courant, les nuits passées dans la grange après l’effondrement du toit… Et ces dimanches à déneiger le chemin de terre devant la ferme. La neige ! Une attraction urbaine !

Malgré ça, il la laisse poursuivre… Pourquoi lui cracher tout ça maintenant ? Ça n’a plus d’importance… Ce n’est pas de sa faute à elle. Et puis, elle dégage quelque chose d’attendrissant. Au fond, on dirait que ses souvenirs ressemblent étrangement à des cartes postales d’une autre époque. Elle s’attache à décrire minutieusement, avec ses mots maladroits, un petit carrousel sous la neige, la première fois qu’elle a vu tomber des flocons et qu’elle s’était écriée :

-          Maman, pleut fleurs…

Au fond, ce qu’elle aime, c’est la voir tomber, sentir sur sa main moite disparaître un flocon minuscule, venu d’on ne sait où, d’en haut, de loin, et elle trouve ça triste que ces millions de pétales blancs fassent une course folle pour s’en venir mourir sur l’asphalte ou dans les cheveux des passants. L’homme, à son tour, a envie de dire quelque chose de rassurant, de raisonné, quelque chose d’un peu poétique, sans doute pour exorciser son passé de paysan… Toujours, depuis la Fac, il a fui ses origines, se servant du langage comme d’un faire valoir :

-          Tu sais, je crois que les actes que nous accomplissons dans nos vies sont semblables à ces flocons de neige, on a l’impression qu’ils disparaissent, parce qu’ils ne sont plus visibles, mais en réalité, la somme de tous ces actes, à notre insu, laisse dans nos vies, comme les pas dans la neige, une empreinte.

La femme ne comprend pas, elle ne cherche pas à comprendre… Pourquoi philosopher toujours ? C’est triste. L’homme se montre différent pour lui plaire, ne se doutant pas qu’au fond ce qu’elle aime chez lui ce sont ses origines modestes.

Elle replonge dans ses pensées.

La neige. C’est vrai que c’est un peu enfantin comme spectacle, mais que peut-elle y faire, elle, si ce spectacle, à l’instar de la grande musique pour certains, la touche jusqu’à l’émouvoir. « Qu’importe la cause de nos émotions, songe-telle, seule l’émotion compte ». Elle veut le lui dire, elle n’en fait rien. Lui, continue à jouer avec son briquet… La neige n’a pas suffi à relancer la discussion, trop de choses ont été dites ou pas assez… On dirait que les mots que tous deux ont sur le coeur, pareils à ces flocons sur le sol, s’en viennent mourir aux bords de leurs lèvres.

Pourtant, l’homme recommence à parler comme un livre :

-            En vérité, je crois que la neige porte en elle, comme un objet qui nous est cher, une multitude de souvenirs. Ces souvenirs, se manifestent soudain, montent en nous, apportant dans leurs bagages toute une ribambelle d’émotions à la fois nostalgiques et rassurantes. Si le spectacle nous émeut, c’est que nous avons déjà vu la représentation. Voir tomber la neige, c’est écouter une ancienne chanson venue du fin fond de l’enfance frapper à l’improviste à la porte des souvenirs. Et c’est cela qui fait son épaisseur. Un homme n’ayant jamais vu tomber la neige sera sans doute étonné, mais il ne partagera pas avec elle un passé commun. La neige, pour ceux qui l’on déjà croisée, est une étrangère qui égrène, de ça de là, un air qui leur est familier puisque joué sur la portée de leur histoire personnelle.

La femme écoute chacune de ses paroles avec douceur. Mais le silence, impérieusement, reprend ses droits. Si la neige a permis quelques instants une illusoire discussion, elle n’était pas de taille face aux sentiments épars qui les rongent de l’intérieur, si bien que tous deux ne peuvent qu’écouter, déconcertés, l’orchestre de leur cœur.

Ils sont là, immobiles, les lèvres cadenassées, n’osant donner à cette scène l’ultime réplique.

Et ils ne se doutent encore de rien…

Peu importe leur vie future, leur destin et leur avenir, peu importe que l’homme courre à perdre haleine vers une autre histoire, que la femme sanglote des heures dans sa chambre… Peu importe qu’ils se remettent ensemble, ce qu’ils bâtiront par la suite et tout le reste…

Désormais, le moindre petit flocon de neige portera l’empreinte du souvenir confus de cette soirée de décembre où ils se sont quittés.

 


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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 11:06

 

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...

Le 18 septembre 1981, l’Assemblée nationale votait un texte abolissant la peine de mort en France, mettant ainsi un terme à des siècles d’exécutions. A l’occasion du 30e anniversaire de l’abolition, cet ouvrage invite à redécouvrir l’histoire complexe de la peine capitale ainsi que les destins tragiques de trente condamnés. Dans un premier temps, ce livre propose une approche historique de la peine de mort avec la fin de la torture, suite à la Révolution Française, les prémices du courant abolitionniste, la mise en place de la guillotine, mais aussi le parcours des condamnés et la vie singulière des familles de bourreaux. Dans un second temps, l’ouvrage présente les histoires de trente condamnés. Une narration vive et documentée relate les crimes et derniers jours de ces hommes et femmes. Ce plongeon au coeur de moments décisifs de l’histoire, permet de mieux connaître les bandits Emile Buisson et Ravachol dit “l’anarchiste”, mais aussi d’escorter jusqu’à l’échafaud Robespierre ou Lacenaire. Un style bref et haletant fait ressurgir du passé les crimes sordides de Landru, le “Barbe Bleue” de Gambais, ou de Joseph Vacher, “l'Éventreur”. Des héros de guerre exécutés froidement aux criminels barbares, en passant par la très médiatique affaire Ranucci, ces trente récits vous couperont… le souffle !

 

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 18:00

 

RRRRIIEEENNN

 

- Enfin seule… soupire-t-elle, posée douillettement sur son canapé, lisant un roman à l’eau de rose, profitant de cette soirée.

Ses filles sont chez mamie ; lui ne rentre pas, il rejoint dans un bar quelques amis.

- Cela fait bien trois semaines que je n’ai pas eu un moment à moi !

Elle zyeute autour d’elle.

Tout est calme.

Furtivement, à pas de loup, comme si quelqu’un pouvait la surprendre, elle va chercher une glace au frigo.

Elle se rassoit, étend ses jambes sur la table basse, pousse un soupir...

Elle tombe de sommeil…

Aller dormir ?

Puis quoi encore !

Pour une fois qu’elle a la maison pour elle !

Le téléphone sonne. Elle souffle de dépit :

- Pas moyen d’être tranquille, ça doit être lui, encore, je l’entends d’ici :

«  Allô ! Ma chérie, euh ! C’est juste pour te dire de ne pas t’inquiéter, je rentrerai plus tard que prévu… Je t ‘aime… »

Paresseusement elle se lève, va jusqu’au téléphone, décroche.

Une voix inconnue de femme :

- Bonsoir…Madame…

Elle est surprise…il est tard…Son pouls s’accélère un peu, instinctivement, ses mains serrent le téléphone, elle se ressaisit :

- Oui c’est moi…

La phrase tombe :

- C’est l’hôpital Chançot…

Son corps se raidit, elle ne sent plus ses jambes, elle sent sur sa nuque un poids immense, elle ne peut parler, sa gorge est sèche soudain, elle ne comprend pas encore pourtant ce qui se passe, elle articule difficilement :

- Oui, c’est pourquoi ?

Pas plus. Les  mots ne lui viennent pas…

L’autre est calme, elle dit

- Je suis désolée mais…

Les mots résonnent, sa peur prend forme, elle attend, elle sait déjà…

- Votre mari a eu un accident…

C’est dit.

Les mots.

Ceux de tous les jours qu’on entend aux infos, qui d’habitude ne l’atteignent pas, prennent maintenant leur indicible valeur.

 Ces mots inoffensifs qui sortent de la nuit pour devenir atrocement eux-mêmes.

Elle n’en veut pas.

Elle sent monter en elle une haine profonde pour ces mots et celle qui les a fait entrer de force dans sa vie. Alors elle les combat avec d’autres mots, des mots à elle, plus forts, plus justes, indestructibles.

- C’est une erreur ! C’est impossible ! Enfin…Comment ? Qu’est-ce que vous dites…

Mais l’autre se défend, elle ne lâche pas prise :

- Je suis navrée, Madame… pouvez-vous vous rendre sur place ?

Elle ne maîtrise plus ses mots,  ils sortent de sa bouche :

- C’est grave…Que s’est-il passé, il va bien ?

L’autre, l’ennemie, ne veut rien dire :

- Il faut que vous veniez, on s’occupera de vous sur place, les médecins vous en diront plus.

- Je viens tout de suite…

Elle raccroche.

Elle n’est plus elle-même, elle cherche ses clés, puis se rend compte qu’elle n’est pas habillée, elle se trouve moche dans la glace...Il faut qu’elle appelle, mais qui ? Pourquoi ? Elle est seule : son regard fixe la glace fondue sur la table, nettoyer ? Non ! S’habiller, que s’est-il passé ? La voiture, les clés, tout s’embrouille…

Une fois dans la voiture ses mains agrippent le volant, elles sont humides, elle les essuie sur son pantalon.

- Ils ne m’ont rien dit, pourquoi ? Me rassurer ? Pourquoi ne m’ont-ils rien dit ?

 Tout va trop vite.

- Il ne roule pas vite…et si c’était un chauffard qui l’avait renversé…Pourquoi ils ne m’ont rien dit ? Et les enfants ? Pourquoi faut-il que ça m’arrive à moi… Non, la voix était calme, cela ne doit pas être grave…calme ? Peut-être pour ne pas m’affoler. Et il fait quoi devant, lui ? Bouge-toi ! Les enfants…Pourquoi elle ne m’a rien dit.

L’hôpital.

Toujours cette odeur bizarre de médicaments, ces couloirs oranges et brillants, ces infirmières qui papotent comme si de rien n’était, ces gens à moitié endormis sur des sièges…

- Oui, bonsoir… non… mon mari… on m’a prévenue il y a un quart d’heure. Que je me calme ? On ne m’a rien dit…Je  sais pas… Que je m’assoie ? Vous vous fichez de moi ! Quoi ! Un responsable va venir…Que j’arrête de crier ? D’accord, d’accord…

Elle s’assoit.

Elle réalise enfin ce qui se passe…

Les minutes sont insupportables…

Elle fouille dans son sac, cherche à concentrer son attention sur autre chose, comment le pourrait-elle ? Un magazine… Le mariage d’un prince…Qu’est-ce qu’elle en a à foutre ? Elle se lève, tourne en rond, elle est à l’agonie, ne pas savoir est la pire des choses.

Un médecin arrive, il a l’air grave.

 Le silence...

Dans son visage elle ne décèle aucune émotion, il est calme, lui demande de s’asseoir, elle refuse.

Et puis viennent les mots, ces mots qui la déchirent mais qui ne sont pas encore réels :

   « Hémorragie cérébrale…Condoléances… » 

Maintenant le médecin s’est tu, il la regarde sans rien dire…

Que dire pour apaiser un être qui en un

« Hémorragie cérébrale… Condoléances… » 

Maintenant le médecin s’est tu, il la regarde sans rien dire…

Que dire pour apaiser un être qui en un instant a tout perdu ?

Que dire pour combler ce gouffre immense dans lequel il tombe ?

 

Que dire ?

Quand il n’y a rien à dire…

 

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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 18:00

mire-pola

 

 

Soudain il ouvre les yeux !

- Vous êtes formidables…Vous êtes sublimes !

Il ne les supporte pas ces jeunes premiers qui ont le charisme d’une huître et qui murmurent des paroles mielleuses, la voix tremblante, les yeux mouillés…

- L’amour, l’amour, ils n’ont que ce mot à la bouche…

Et ces chanteurs qu’on voit depuis vingt ans…dont le seul mérite est de se casser la voix pour faire hurler quelques pisseuses de douze ans…

Lui, qu’est-ce qu’il en a à branler de ça…Après le boulot il rentre, crevé. Et c’est pour voir ces connasses se pavaner en petite tenue.

Et c’est pour voir ces soi-disant intellectuels qu’il ne peut pas encadrer s’asseoir autour d’une table et discuter.

De quoi d’ailleurs ?

Du dernier film de celui-là, du prochain livre de l’autre, de politique…

Plus ils expliquent, plus on n’y comprend rien.

Le costard de droite détruit les arguments du costard de gauche  « à coup de oui mais vous » en quatre-vingt un… vous en quatre-vingt quinze… blablabla et blablabla et blablabla…

Mais qui sont-ils, au fond, ces gens qui font la pluie et le beau temps à la télévision ?

Ils ont chacun leur rôle à y jouer : la potiche sympa, le philosophe et l’autre comique à la noix qui n’est là que pour sortir une vanne, un jeu de mots minable.

Et ça parle au nom de la France !

- Le peuple français veut ceci… il ne supporte pas ça…

Qu’est-ce qu’ils en savent ces cocos ?

Et puis y a les jeux où l’on gagne du pognon avec des questions à la con.

A quoi ça sert de connaître la capitale de la Namibie si on n’y est pas allé ?

De savoir la date de publication des Fleurs du mal si on ne les a pas lues, enfin…

Ceux qui l’énervent le plus ce sont ces parasites qui fleurissent autour des grandes causes, qui n’ont d’existence qu’à travers elles : cette mémère, chanteuse périmée qui lutte contre le sida et puis ce grassouillet qui récolte des pièces…

Ce sont toujours les mêmes phrases : nous avons besoin de vous…

- Oui, mais de nous, qui s’en soucie ?

 Il n’a même plus la force de s’énerver. Il est là, les yeux dans le vide, le pouce qui gigote sur la télécommande.

Les images défilent, les mots ne l’atteignent pas :

- Travailler avec Luc c’était extraordinaire…

- Un attentat sanglant a touché ce matin très tôt le centre de Bagdad… les autorités américaines comptent…

- On est déçu bien sûr mais les gars se sont bien comportés, on a fait notre match là…

- Je suis né en 1854 dans une petite ville du nord de la France. Mon père est parti dans les colonies... très tôt je compose mes premiers poèmes qui parlent de l’errance… je suis ?

   - Pour un lavage étincelant…

   - Je suis, je suis…  

   - Luc m’a montré le scénario, c’était magique ! J’avais l’impression que ce rôle avait été écrit pour moi et quand…

   - Arthur Rimbaud ! Oui, Pascal, c’est gagné !

   - Le deuxième vous est offert…

   - Demain les Verts joueront leur…

   - Mais si…

  

   - Bonsoir et à demain…


 

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